UE-Mercosur, l'accord qui inquiète

Jeudi, 4 Juillet 2019

L’Union européenne et le Mercosur, l’alliance commerciale entre le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay, ont annoncé le 28 juin s’être mis d’accord sur les contours d’un accord de libre-échange. Ce nouveau traité suscite déjà de fortes réticences, rassemblant contre lui des agriculteurs, des écologistes et des pourfendeurs du libre-échange.

L’accord commercial UE-Mercosur vise à faciliter les échanges entre les deux blocs. Il prévoit l’élimination, d’ici dix ans, de la quasi-totalité des droits de douane appliqués aujourd’hui sur les exportations d’un continent vers l’autre. En matière d’agriculture, l’UE a accepté un quota annuel d’importation de 160 000 tonnes de viande bovine sud-américaine. En retour, elle a obtenu un meilleur accès de ses entreprises aux marchés publics des pays du Mercosur et une protection de ses indications géographiques protégées.

Cet accord fait débat et de nombreuses organisations et professions se sont mobilisés contre. En cause: des craintes vis-à-vis de l'impact sur le climat, de la protection de l'environnement, de la sécurité alimentaire et sanitaire des européen.ne.s et de la concurrence déloyale.

Premier point de débat, la signature d'un traité avec le président brésilien Jair Bolsonaro, dirigeant d’extrême droite qui revendique de n’avoir que faire de la protection de l’environnement, encourage la déforestation et les pesticides, est particulièrement dénoncé. De nombreux mouvements écologistes internationaux appellent à boycotter les produits brésiliens pour faire pression sur M. Bolsonaro. Pourtant, le résumé de l’accord diffusé par la Commission européenne suggère qu’aucune sanction dissuasive n’est prévue contre le Brésil s’il faillit à ses obligations climatiques. L’UE ne pourra en aucun cas appliquer des sanctions commerciales. Le chapitre environnemental de l’accord se borne à inviter les signataires à « lutter » contre la déforestation.

Au-delà des dispositions précises de l’accord, les écologistes s’opposent au principe même de ces grands accords qui favorisent les échanges commerciaux en réduisant les barrières douanières, et contribuent donc à augmenter les émissions de gaz à effet de serre liées à la production et au transport de marchandises. Les accords de libre-échange ont pour objectif principal d’augmenter les échanges commerciaux – qui préexistent aux accords. Céréales, sucre, éthanol, bois : l’immense majorité des secteurs dynamisés par l’accord impliquent un transport de marchandises, et donc des gaz à effet de serre supplémentaires.

« Pourquoi on fait traverser l’Atlantique [à un bœuf élevé en Amérique du Sud] ?, s’interroge ainsi la directrice d’Oxfam France, Cécile Duflot. Cette question de l’augmentation des échanges, (…) on sait que c’est la cause principale du réchauffement climatique. »

Selon Nicolas Hulot, ancien ministre de la transition écologique, « l’accord avec le Mercosur est complètement antinomique avec nos ambitions climatiques ».

Les pays du Mercosur ont misé sur l’agriculture intensive et sur l'utilisation massive d’intrants chimiques et de produits pharmaceutiques. L’UE devrait peiner à garantir l’absence de résidus de pesticides et d'antibiotiques dans les denrées alimentaires importées d’Amérique du Sud. Il sera difficile de faire confiance au système brésilien de traçabilité, qui a connu d’importantes défaillances dans la période récente. Les autorités européennes procèdent bien à leurs propres contrôles sur les produits importés, mais seulement sur des échantillons aléatoires.

L'accord inquiète également les agriculteurs européens qui craignent la concurrence déloyale d’une viande brésilienne beaucoup moins chère, car produite avec des normes environnementales et sanitaires moins strictes.

L'accord pourrait également avoir des conséquences néfastes sur les populations des pays du Mercosur. En effet, loin de favoriser l'émergence d'une production paysanne durable du point de vue écologique et social, l'accord va encourager les monocultures industrielles (de soja et viande bovine principalement) qui entraînent les dégâts climatiques, l’érosion des sols et l’accaparement des terres  – exactement le contraire d’une politique agricole sensée du point de vue du développement. C'est pourquoi les ONG locales s’opposent également à l’intensification de cette politique agricole qu’entraîneraient les accords de libre-échange, car elle profite à quelques élites et menace les petits paysans, l’agriculture vivrière et la souveraineté et sécurité alimentaire de ces pays.

Les grands gagnants de cet accord semblent être les gros producteurs agricoles européens, capables d’exporter leurs produits vers l’Amérique du Sud, une étude d’impact de 2011 anticipant une hausse de 20 à 30 % des exportations agroalimentaires européennes vers l’Amérique du Sud.

Le texte définitif de l'accord n’a pas encore été publié par la Commission européenne. L’étude d’impact environnemental de l’accord n’a pas encore été publiée.

Pays: 

Union Européenne