Démission de Nicolas Hulot : quelles leçons en tirer ?

Lundi, 3 Septembre 2018

Cyril Dion, le réalisateur du documentaire « Demain », réagit à la démission du ministre français de la Transition écologique le 28 août 2018. Comment ne pas se faire gagner par l'angoisse du vide ? Résumé d'un article publié le jour-même par Télérama.

 

La démission de Nicolas Hulot est évidemment synonyme d'échec pour les acteurs mobilisés dans le combat contre la tragédie environnementale. Néanmoins, Cyril Dion souligne que cette démission ne doit pas mener à l'abandon des méthodes pacifistes et démocratiques de lutte en faveur du climat. C'est moins la portée de telles méthodes que l'influence de l'« État profond » qu'évoquait déjà Edward Snowden qui est mise en cause : les lobbies, les multinationales, les grands pétroliers, les grandes banques ou les Gafa, qui détiennent souvent plus de pouvoir que les responsables politiques. 

Si ces intérêts sont souvent contraires aux enjeux climatiques, ils ne sont pas les seuls en cause dans l'échec de la mise en place d'une politique de transition écologique durable en France. Selon Cyril Dion, « le mouvement écologique souffre pour le moment d’un déficit d’organisation énorme ». La majorité des Français.e.s est certes consciente de l'urgence climatique et de la nécessité d'agir à l'échelle individuelle et collective, mais le passage à l'acte se met très (trop) lentement en place. Les changements permettant d'atteindre un mode de vie respectueux de l'environnement sont vus comme trop contraignants, l'engagement citoyen pour plaider l'urgence de prendre soin de notre planète semble, pour beaucoup d'entre nous, déjà vain.

C'est justement ces mentalités que nous devons faire évoluer : « Il faut qu’on arrête d’être des enfants, qu’on se rende compte que la démocratie ne peut fonctionner que si on s’y implique tous les jours ». Tous les moyens sont possibles : mobilisation citoyenne, projets collaboratifs, et même lancement d'actions en justice contre chefs de l'Etat ou du gouvernement pour non-assistance à personne en danger. Car les nombreuses catastrophes naturelles de cet été 2018 nous l'ont montré : il y a urgence.

C'est pourquoi il faut continuer à valoriser les initiatives positives, durables et incarnées. Le succès du documentaire Demain sorti en 2016 souligne combien de telles initiatives peuvent être source d'inspiration. Et au-delà de ces initiatives, il faut définir une stratégie pour « créer une véritable coopération entre tous les acteurs - ONG, élus et entrepreneurs - autour d'objectifs atteignables et enchaîner les opérations ». Le combat écologique demande à être structuré.

Cyril Dion conclue l'entretien, lucide et combatif : « Aujourd’hui, je plaide pour la voie non violente, afin d’éviter l’affrontement et le chaos. En accélérant la révolution culturelle, en transmettant des stratégies révolutionnaires non violentes, j’espère qu’on pourra limiter les dégâts. Si on n’y arrive pas, il faudra en accepter les conséquences ».