L'Union européenne en a-t-elle vraiment fini avec l'huile de palme ?

Mardi, 12 Février 2019

Samedi 9 février, la Commission européenne a dévoilé son projet d’«acte délégué» sur l’impact environnemental des agrocarburants, qui sera rattaché à la directive sur les énergies renouvelables (RED II). Pour la première fois, les carburants composés d’huile de palme ont été classés comme «non durables». Cependant, l'ambiguité continue de régner en raison des nombreuses dérogations accordées et du maintien du soja dans la catégorie des agrocarburants dits durables.

L'huile de palme est le seul biocarburant classifié à haut risque de changement d'affection des sols indirect (CASI) et sera donc peu à peu remplacée d’ici à 2030. Les agrocarburants à base d'huile de palme, grande cause de déforestation, ne pourront plus, à terme, être comptés dans les objectifs d’énergies renouvelables (ENR) des Etats-membres. Cependant, certaines exceptions ont été accordées aux petits producteurs disposant de moins de cinq hectares et dans les cas de cultures sur des terrains inutilisés, tels que les terrains abandonnés ou particulièrement dégradés. Or, "la majorité de l’huile de palme provient de ces types de plantations contrôlées par des grands groupes", selon Laura Buffet de l'ONG Transport & Environment. Ces dérogations semblent donc permettre de continuer à importer et utiliser de l'huile de palme de manière détournée. L'UE pourrait ainsi continuer à utiliser la même quantité d'huile de palme qu'aujourd'hui.

Le soja lui n'a pas été classé comme une culture à haut risque CASI, or son expansion est elle aussi à l’origine d’une déforestation considérable, ce qui fait également débat.

Le texte de la Commission est donc largement critiqué par les ONG environnementales. Pour Laura Buffet de Transport & Environment, le texte "envoie un signal fort en actant que le diesel à l'huile de palme n'est pas durable. Mais la Commission retire d’une main ce qu’elle donne de l’autre ».

En 2017, les biocarburants produits au sein de l’UE étaient composés à 55 % d’huile de colza, 35 % d’huile de palme, 6 % d’huile de soja et 4 % d’huile de tournesol. Et leur utilisation est en hausse. L'Union européenne est le deuxième plus grand importateur d'huile de palme dans le monde. Elle utilise 4 millions de tonnes d'huile de palme pour produire du diesel chaque année. Les conducteurs européens sont donc les premiers consommateurs d'huile de palme en Europe, la plupart du temps sans le savoir. 

La proposition de texte de la Commission européenne est ouverte à la consultation citoyenne pendant quatre semaines (jusqu'au 8 mars) avant d’aboutir à une version finale qui sera présentée au Parlement et au Conseil européen. Ceux-ci ont tous les deux un droit de veto sur le document mais ne peuvent pas l'amender. Le Parlement européen s'était déjà positionné contre l'utilisation de l'huile de palme comme biocarburant en 2017.